Petit guide pratique de l’écriture inclusive

Nous avons eu plusieurs demandes de ressources pour utiliser l’écriture inclusive : nous avons donc décidé de faire un petit guide avec des ressources déjà existantes, et quelques compléments.

En pratique

Comme pour tout changement d’habitudes profondément ancrées, vous pouvez y aller par étapes ou choisir une démarche plus radicale.

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∇ Rang padawan : ces usages sont largement acceptés et préconisés. Ils ne surprendront pas vos interlocuteur⋅rices.

Niveau 1 : Féminisation des fonctions, titres et noms de métiers

La plupart des termes présentent déjà deux formes, à l’exception – tiens donc – des fonctions les plus valorisées et les moins féminisées. Il n’y aucune raison de ne pas féminiser ces formes, donc on dit, sauf indication contraire de l’intéressée : une chercheuse, une professeureune maire, Madame la Présidente.

Il y aura des hésitations sur des termes pouvant être potentiellement pris comme épicènes, à condition d’utiliser un article féminin : par exemple une maître de conférence ou une maîtresse de conférence (mais on continue bien de dire maîtresse pour une professeure des écoles, ce qui pose une difficulté) ; ou bien une chef ou une cheffe.

Niveau 2 : Remplacement des termes « universels » masculins

Remplacez « de l’homme » par « humain ». D’autres cas similaires peuvent se présenter. Vous pouvez également substituer un mot épicène à un masculin pluriel pour désigner un groupe, ou dédoubler l’expression pour éviter d’utiliser le masculin comme « neutre » : les membres de … , les personnes …, les étudiantes et les étudiants par exemple.

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∇∇ Rang chevalier⋅ère jediVous accédez au rang supérieur. Ces pratiques d’écriture sont moins courantes mais commencent à se diffuser largement, ce qui vous permettra d’être compris⋅e même dans des environnements non-militants (correspondance universitaire, communication associative, …). Elles relèvent d’une différence marquée et visible face à l’orthographe classique.

Niveau 3 : Le truc avec le point au milieu là

L’essentiel à retenir, c’est que ce n’est pas une science orthographe exacte : choisissez ce qui vous plaît et vous semble le plus clair. Vous pouvez utiliser des conventions différentes en fonction des personnes à qui vous vous adressez, du contexte, du support… C’est tout à fait normal :

Celle qu’on oublie tout de suiteles parenthèses. Sauf si vous voulez que votre texte ressemble à un formulaire administratif.

Les plus simples si vous débutezles points ou les tirets.

La plus militantela majuscule. Elle est assez rarement utilisée en-dehors de milieux militants féministes et LGBTQI+ plutôt radicaux.

La plus discrètele point médian. Beaucoup plus mainstream que la majuscule, il a l’avantage d’être discret et de se fondre assez bien dans le mot sans arrêter la lecture (contrairement au point) et sans trop l’allonger (contrairement au tiret).

Deux usages coexistent en ce qui concerne les points, les tirets et les points médians pour le pluriel : certain⋅e⋅s mettent bien la marque du féminin entre les signes, tandis que certain⋅es autres allègent en enchaînent la marque du féminin et celle du pluriel.

Si un mot présente un féminin et un masculin qui ne se distinguent pas que par un -e ou consonne redoublée + -e (les lycéen⋅nesles nul⋅les), cela devient un peu plus incertain et moins parfaitement rigoureux. Vous serez relativement libres en la matière : la barre oblique offre la solution la plus grammaticalement logique, mais l’usage du point médian tend à se diffuser pour alléger les formes. Ainsi, pour les noms en -teur, on trouvera souvent auteur/trice, mais aussi auteur⋅triceauteur⋅rice ou auteurice, ou même auteur⋅e en concurrence avec autrice utilisé seul. Dans d’autres cas où une seule consonne change avant le -e, la modification sera plus discrète, rendant le point médian (ou tout autre signe) plus fluide, comme pour les sportif⋅ves ou encore les chercheur⋅ses (mais on trouvera aussi chercheur⋅es). Si cette solution heurte votre sens logique, vous pouvez écrire les sportifs/ves ou les chercheurs/euses.

Niveau 4 : Pronoms et déterminants simples

Une fois que vous savez féminiser noms et adjectifs, il faudra accorder vos déterminants et pronoms de la même façon : Bonjour à tou⋅te⋅sun⋅e étudiant⋅e, etc.

Vous allez rapidement vous apercevoir que l’article défini au singulier est très agaçant : vous pouvez choisir une forme comme le⋅lale⋅a ou læ. Vous pouvez aussi choisir de dédoubler l’expression pour simplifier : le⋅a lecteur⋅rice ou bien le lecteur ou la lectrice.

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∇∇∇ Rang maître⋅sse jedi : vous accédez au rang ultime. Ces usages sont plus rares, très marqués et sont plutôt réservés à des contextes précis actuellement (environnements militants, ouvrages spécialisés, …). Il est possible que votre interlocuteur⋅rice ne connaisse pas du tout ces conventions.

Niveau 5 : Pronoms et déterminants plus rares

Ils surprennent au début, mais sont relativement faciles à utiliser : ce sont essentiellement celleux, elleux, iel ou illes / ielles / iels qui vont remplacer celles et ceux, elles et euxil ou/et elleils ou/et elles à partir du moment où vous vous plongez dans le bain de l’écriture inclusive.

Niveau 6 : Accords majoritaires et de proximité

Ces deux propositions grammaticales consistent à réactualiser d’anciennes pratiques d’accord pour ne plus pratiquer la règle – idéologique – « le masculin l’emporte sur le féminin ». L’accord majoritaire consiste à accorder en fonction du genre le plus représenté dans les termes relatifs, tandis que l’accorde de proximité consiste à accorder avec le mot le plus proche – souvent le dernier mot d’une série.

Niveau 7 : Grammaires queer

L’écriture inclusive telle qu’elle est majoritairement pratiquée actuellement pose un problème d’invisibilisation des personnes qui ne s’identifient pas comme « homme » ou « femme » – on parle habituellement de personnes non-binaires – et consiste plus largement à reconduire la bicatégorisation des personnes par le genre.

Les milieux militants trans, intersexes ou queer ont développé des alternatives qui vont être plus ou moins proches de l’écriture inclusive féministe classique : la forme avec majuscule (militantEs), qui ne marque pas de dédoublement, pourra ainsi être utilisée. Des formes neutres et/ou inclusives sont également développées par soudure des marques de flexion (comme auteurice), par l’utilisation d’une marque de flexion inédite (par exemple -ae au lieu de -é/-ée), ou encore en masquant la marque de flexion habituelle par une astérisque.

Les formes avec point médian ou les pronoms iel / illes / ielles sont également utilisées à la fois en grammaire féministe classique et en grammaire queer : alors qu’elles marquent l’addition ou l’alternative en emploi générique dans un cas, elles seront souvent utilisées en emploi spécifique et au singulier dans l’autre (« iel est arrivé⋅e », « je suis content⋅e »). Là encore, il existe cependant beaucoup plus de pronoms, et il est d’usage de demander à une personne celui qu’elle préfère utiliser.

F.A.Q.

Puis-je utiliser l’écriture inclusive dans mon mémoire ?

Oui. Nous vous conseillons tout de même d’en parler à votre directeur⋅rice.

Mais je ne trouve pas le point médian !

Ce n’est pas toujours simple, car cela dépend des claviers. On vous propose d’essayer un peu toutes les possibilités ci-dessous et de voir si il y a en une qui marche :

  • Sur GNU/Linux : AltGr + × (du pavé numérique) ou AltGr + ⇧ Maj + . ou encore AltGr + :
  • Sur Mac OS X : Alt + ⇧ maj + F
  • Sur Windows : Alt+0183  ou Alt + 00B7

Si ça ne marche toujours pas, le plus simple est de créer un bon vieux raccourci clavier. Nous avons fait un petit tutoriel.

Comment je fais à l’oral ?

La pratique la plus commune consiste à dédoubler l’expression : les étudiant⋅es devient les étudiantes et les étudiants. Si vous lisez un texte écrit en écriture inclusive à l’oral, vous allez sûrement faire sauter quelques traits en ne dédoublant que le nom dans le groupe verbal – ce n’est pas bien grave.

Vous pouvez cependant adopter d’autres usages à l’oral, comme marquer une légère pause avant de faire sonner le ⋅e. Comme noté précédemment, la lecture dédoublée des formes en ⋅e pose un problème d’invisibilisation des personnes non-binaires : certaines formes présentes dans les usages queer se prêtent bien, voire mieux au langage oral puisqu’il n’existe qu’une seule forme (auteurice par exemple, les pronoms iel ou toustes, l’article lae…), d’autres formes sont plus difficilement prononçables.

Si vous parlez à un public majoritairement composé de femmes, vous pouvez aussi tout féminiser, pour éviter de dédoubler le terme employé (Est-ce que toutes les étudiantes sont arrivées ? dans des filières fortement féminisées par exemple). Cependant, cela peut être problématique lorsque vous utilisez un terme de façon générique, en associant par exemple une profession considérée comme féminine au féminin en langue : il semble ainsi préférable de dire : je cherche une ou un sage-femme, une infirmière ou un infirmier, une assistante ou un assistant maternel.

Globalement, faites ce qui vous semble le plus simple.

Est-ce qu’il n’y a que des arguments stupides contre l’écriture inclusive ?

Sur le site de l’Académie française, oui. En revanche, le constat d’un langage binaire, sexiste et androcentré, motivé idéologiquement, ne conduit pas forcément aux mêmes solutions : le genre dans la langue reste quelque chose de très rigide, de sorte que les solutions proposées sont en général toujours imparfaites.

Est-ce que les féministes vont me taper si je n’utilise pas l’écriture inclusive ?

Non. En revanche, insister pour utiliser un titre non-féminisé, surtout lorsqu’une personne vous dit préférer la forme féminisée vous exposera à des manifestations d’hostilité légitimes. De la même façon, refuser d’utiliser les pronoms indiqués par une personne pour la désigner est un comportement transphobe que ne justifient ni la défense de la langue française ni votre propre flemme de vous adapter.

Est-ce que je dois regarder la chronique de Raphaël Enthoven sur l’écriture inclusive avant de l’utiliser ?

Non, épargnez-vous cela.

Réflexions et travaux sur l’écriture inclusive

Sur le blog Genre !, « Féminisation de la langue : quelques réflexions théoriques et pratiques »

Sur le blog Dessins sans Gluten, la même mais en BD : « Féminisation du langage et écriture inclusive »

Une interview de Yannick Chevalier sur Rue89,  « Six arguments pour inclure les femmes dans votre langage »

La synthèse faite par Mathieu Arbogast pour l’INED sur l’utilisation de l’écriture inclusive dans la recherche (à envoyer à votre directeur⋅rice s’iel est réticent⋅e à ce que vous l’utilisiez, ça fait une bonne caution scientifique) : « La rédaction non-sexiste et inclusive dans la recherche : enjeux et modalités pratiques »

Le « Guide pour une communication publique sans stéréotypes de sexe » du Haut Conseil à l’Egalité reprend des enjeux plus larges, qui concernent également les expressions utilisées ou les choix visuels de communication (utile pour les associations étudiantes).

Un passionnant entretien avec Julie Abbou, Aron Arnold, Maria Candea et Noémie Marignier, « Qui a peur de l’écriture inclusive? Entre délire eschatologique et peur d’émasculation« .

 

 

 

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6 réflexions au sujet de « Petit guide pratique de l’écriture inclusive »

  1. J’aime bien la section « Comment je fais à l’oral ? » :

    « Vous pouvez cependant adopter d’autres usages à l’oral, comme marquer une légère pause avant de faire sonner le ⋅e. Comme noté précédemment, la lecture dédoublée des formes en ⋅e pose un problème d’invisibilisation des personnes non-binaires : certaines formes présentes dans les usages queer se prêtent bien, voire mieux au langage oral puisqu’il n’existe qu’une seule forme (auteurice par exemple, les pronoms iel ou toustes, l’article lae…), d’autres formes sont plus difficilement prononçables. […] Globalement, faites ce qui vous semble le plus simple. »

    C’est pas gagné…

    J'aime

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