Communiqué du collectif PhilosophEs

Nous relayons ici le communiqué du collectif PhilosophEs.

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Le CNRS proposait cette année 5 postes de chercheurs en philosophie, littérature et sciences de l’art. À l’issue des auditions, les résultats d’admissibilité viennent d’être rendus publics : les 5 candidats classés en liste principale sont des hommes, choisis à partir d’un vivier de 224 candidat-e-s composé de 46% de femmes. 5 postes, 5 hommes.  

Parmi les sciences humaines et sociales, la philosophie a longtemps détenu le triste record du privilège masculin. Ces dernières années, nous constations que cette tendance s’inversait : le ratio femme-homme dans les recrutements se rapprochait des proportions rencontrées dans les candidatures, tant au CNRS (chargé-e-s de recherche) que dans les universités (maître-sse-s de conférences). Soulignons, en outre, qu’au CNRS la section 35 du Comité national, chargée du recrutement, comprend aussi les sciences philologiques et les sciences de l’art, où la présence féminine est traditionnellement plus élevée qu’en philosophie.

Que s’est-il donc passé en 2017 ? 46% des candidat-e-s déclaré-e-s aptes à concourir, c’est-à-dire doté-e-s des titres et travaux requis pour les concours, étaient des femmes. Le fameux « plafond de verre » a un peu commencé à s’abaisser pour la phase d’audition : 40% des candidat-e-s admis à l’audition étaient des femmes. Mais à l’issue des délibérations du jury, le verre du plafond s’est transformé en béton armé : 100% des candidats classés sur listes principales sont des hommes.

Cela faisait bien longtemps qu’on n’avait plus vu un résultat aussi affligeant au CNRS. Nous demandons donc : après plusieurs années de recrutement équilibré, les 104 candidates de 2017 ont-elles soudain failli ? Ou ont-elles déplu au jury (pour des raisons qui ont davantage trait à leur genre qu’à leurs « compétences »)?

Nous savions que les femmes étaient les principales victimes de la raréfaction des recrutements dans la recherche et l’enseignement supérieur. Au CNRS, le jury de philosophie, philologie et sciences de l’art vient d’en donner une preuve caricaturale. Nous ne pensons pas que les combats puissent se séparer, et c’est de front que nous luttons pour le développement de l’emploi scientifique des femmes et la fin du sexisme académique.

Nous, philosophes et femmes, rassemblées en collectif, avons confiance dans l’engagement du CNRS pour la parité entre femmes et hommes. Nous attendons donc que l’organisme prenne des mesures opérationnelles pour accroître le nombre de femmes dans la communauté scientifique et pour ne pas décourager les jeunes chercheuses qui souhaitent s’engager dans les carrières de recherche.

Collectif PhilosopheEs

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Relations abusives et violences au sein du couple

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Vous pouvez télécharger et imprimer l’affiche en format A3.

* Les Salopettes cherchent d’abord à sensibiliser et informer les étudiant⋅es de l’ENS de Lyon sur les problématiques féministes. Il s’agit d’un public jeune, en général sans enfants, et plutôt privilégié socialement et économiquement. Cela explique l’absence dans cette affiche de deux dimensions majeures des relations abusives et des violences au sein du couple : les violences économiques (contrôle des ressources financières, appropriation des revenus, pressions pour abandonner un travail…) et l’utilisation des enfants pour maintenir la situation d’abus ou de violence (menaces de représailles, culpabilisation, …).

Plus d’informations sur les violences au sein du couple sur le site du ministères des droits des femmes (contacts, associations, informations juridiques, …).

Campagne d’information « santé sexuelle » des Salopettes

Les Salopettes lancent une campagne d’information et de prévention autour des thématiques liées à la santé sexuelle (contraception, protection et dépistage, hygiène et douleurs, IVG). Nous espérons que ces informations profiteront à tou⋅te⋅s. 

Pour voir la campagne en haute résolution, avec des liens cliquables, c’est ici.

N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez adapter cette campagne pour une autre ville, une autre école ou un autre cadre qui impliquerait des modifications, pour obtenir le fichier source.

La liste participative de soignant⋅e⋅s élaborée collaborativement par les Salopettes n’engage ni l’ENS de Lyon, ni les soignant⋅e⋅s de son service de médecine préventive.

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Compte-rendu de l’atelier « Œuvres et violences sexuelles »

L’atelier « Œuvres et violences sexuelles. Enjeux éthiques, pédagogiques et littéraires d’enseignement » a réuni le 4 novembre 2016 à l’ENS de Lyon une trentaine de participant⋅e⋅s, dont plusieurs enseignant⋅e⋅s et doctorant⋅e⋅s. En début d’atelier, des pistes de réflexion ont été lancées, puis la discussion s’est déroulée de façon très libre. Certain⋅e⋅s participant⋅e⋅s avaient préparé des exemples précis qui ont été convoqués au cours de la conversation. Ce compte-rendu modifie en partie l’ordre des interventions pour regrouper thématiquement les discussions. Les textes évoqués sont disponibles ici.

Genèse du projet

M.R., enseignante, rappelle le contexte dans lequel le projet a émergé : l’année d’agrégation de lettres modernes 2015-2016 avait suscité des discussions autour d’œuvres au programme qui évoquaient des viols, donnant lieu à la rédaction d’une série de trois billets, dont ceux de M.T. et d’A.G.E., sur la question de l’anachronisme dans l’abord de textes anciens en littérature et en histoire, à la fois d’un point de vue de recherche et d’enseignement.

A.G.E., étudiante, a continué à réfléchir à cette question à partir de Ronsard [1], puis a essayé de réunir de témoignages d’ancien⋅ne⋅s élèves sur leurs expériences de classe [2], et de rassembler des ressources bibliographiques sur la question, avec un certain nombre de réflexions d’universitaires en lettres classiques aux États-Unis, dans un contexte américain où la question des violences sexuelles est très discutée depuis peu sur les campus. L’atelier résulte d’une volonté de replacer la question en contexte français.

M.T., doctorant, relève la convergence des réflexions qui ont abouti à la rédaction des billets, avec des perspectives pourtant variées : perspective institutionnelle du concours pour une pièce de Beaumarchais, qui prenait en compte la contrainte de l’agrégation [3] ; la recherche historique dans le cas des viols conjugaux au XIXe siècle [4] ; la spécificité de l’enseignement de la littérature du XVIIIe siècle pour M.T., avec son rapport à l’amour, la séduction, et la question des violences sexuelles qui n’est pas très très claire chez les dixhuitiémistes [5].

Prise de conscience et émergence d’un problème

M.R. note qu’il y a toujours cette crainte de produire une analyse « anachronique », trop « subjective », en particulier avec la contrainte des concours. M.R. insiste sur le fait que sa génération a été formée à une sorte de regard très pacificateur qui permet de faire tout passer sans attirer d’indignation. Il est alors possible d’enseigner la mythologie avec une sorte d’évidence, évidence de la culture du viol comme comportement des dieux et des déesses dans l’Antiquité, sans que cela semble problématique de raconter cela à des adolescent⋅e⋅s très jeunes : les histoires de Jupiter qui « séduit » par le rapt, l’effraction violente ou douce (Danaé).

M.R. a commencé à se poser cette question, en prenant conscience que ce n’est pas si évident que cela, et a retrouvé cette question avec les Amours de Ronsard en agrégation en tant qu’enseignante, puisque Ronsard a un rapport privilégié à la mythologie, qui constitue un réservoir d’imaginaire et de fantasmes masculins dans lequel se projette le poète. Elle s’étonne elle-même d’avoir enseigné ces textes de nombreuses années sans forcément les considérer comme problématiques. Pour autant, que fait-on de cela, dans l’enseignement ?

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Atelier de réflexion sur l’enseignement d’œuvres représentant des violences sexuelles

Nous voudrions initier cette année une réflexion collective et suivie sur la question de l’enseignement, en classe, d’œuvres qui représentent des violences sexistes ou sexuelles (en particulier, la représentation de viols, mais aussi d’agressions sexuelles, de harcèlement, de violences conjugales, … qu’elles concernent des femmes, des hommes, ou des enfants). En échangeant entre étudiant⋅e⋅s et enseignant⋅e⋅s, nous avons en effet constaté que beaucoup ressentent un certain malaise et des difficultés pour aborder ce type de textes, mais que cette question avait rarement l’occasion d’être discutée collectivement, d’un point de vue éthique, pédagogique et littéraire.

Nous souhaiterions donc créer un cadre pour faciliter cette réflexion, à partir d’échanges entre enseignant⋅e⋅s et étudiant⋅e⋅s (souvent futur⋅e⋅s enseignant⋅e⋅s) : par exemple, comment enseigner des récits mythologiques imprégnés par la culture du viol à une classe de 6è ? Comment éviter l’euphémisme face aux Liaisons dangereuses ? Comment aborder ces textes face à des élèves peut-être eux-mêmes victimes de violences ? Comment prendre en compte la distance culturelle ou historique inhérente à certaines oeuvres ?

Cette réflexion prendra deux formes :

– un atelier de discussion à l’ENS qui se tiendra le vendredi 4 novembre 2016, à partir de 17h, en salle F05.

Nous proposons à chacun⋅e d’apporter un ou plusieurs textes qui lui semblent particulièrement intéressants pour mener cette réflexion, ou bien avec lesquels il ou elle a rencontré des difficultés. Notre réflexion portera sur des textes canoniques ou moins canoniques, susceptibles d’être enseignés dans le secondaire ou dans l’enseignement supérieur. Elle intégrera toutes les littératures (littérature française et francophone, littératures antiques, littératures de langue étrangère) et toutes les formes de productions culturelles faisant l’objet d’un enseignement (peinture, cinéma, etc.). Il peut s’agir d’oeuvres qui mettent en évidence la violence des faits décrits, ou qui, au contraire, la traitent sur un mode plus problématique (érotisation, humour, euphémisation, …). Vous pouvez bien sûr également participer à l’atelier sans apporter de texte.

Si vous ne pouvez pas être présent⋅e, nous vous proposons d’envoyer un texte qui pourrait enrichir la réflexion, accompagné d’un commentaire, que nous intégrerons au compte-rendu de cet atelier.

– un groupe de travail plus restreint chargé de rédiger une brochure de quelques pages, proposant des conseils pratiques pour les enseignant⋅e⋅s.

Projection-débat « Un racisme à peine voilé »

L’atelier s’est appuyé sur la projection (partielle) d’un documentaire réalisé en 2004, Un racisme à peine voilé, qui retrace les différentes « affaires du voile » jusqu’à son interdiction à l’école. La discussion a pris la forme d’un débat, encadré par les interventions de deux militantes:

  • Nargesse Bibimoune : militante, porte le voile depuis l’âge de 11 ans. L’islamophobie qu’elle subit la conduit à devenir militante anti-raciste féministe.
  • Jamilla Farah : militante au CRI (Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie).

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Introduction de Jamilla Farah

En France, il existe une polémique autour du terme islamophobie, polémique qui n’existe pas dans les études anglo-saxonnes. Ainsi, s’opposent ceux qui conscientisent ce mal social, et ceux, parmi les politiques et les intellectuels, qui refusent ce vocable, en arguant notamment d’une utilisation fallacieuse dans le sens d’un refus de la critique de la religion musulmane. C’est pourquoi définir l’islamophobie est important car il faut maîtriser le terme pour mieux maîtriser le problème. L’islamophobie touche majoritairement les femmes, qui représentent plus de 70% des cas d’agressions islamophobes.

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